Les instruments d'origine sont très peu nombreux, et même inexistants avant le XV° siècle. Les archéologues ont  mis à jour des restes d'instruments, trop souvent partiels et déformés par le temps.

La principale source permettant de reconstituer ces instruments est donc l'iconographie. Enluminures, vitraux, fresques, sculptures,... font apparaître une grande variété de modèles. Encore faut-il trier ce qui relève de la fantaisie de l'artiste et ce qui est plausible!

Aussi, depuis le retour d'intérêt pour ces musiques d'un autre temps (disons, en France, surtout depuis le début des années 1970) les fabricants d'instruments se sont penchés sur cette iconographie et l'ont exploitée pour recréer les instruments que nous pouvons entendre aujourd'hui.

Cette restitution a pris une nouvelle tournure depuis la fin des années 1980. La mise en relation de l'iconographie avec les textes anciens, les vestiges archéologiques parfois difficiles à identifier, les techniques artisanales connues à l'époque ...  a permis de mieux connaître les instruments. Il ne s'agit plus de faire l'instrument  d'après la représentation ancienne avec des techniques de lutherie modernes; mais  les luthiers chercheurs essaient de retrouver les techniques médiévales de fabrication , obtenant ainsi des sonorités bien différentes.

CITHARA - CITHARE

Voilà un nom souvent utilisé pour désigner des instruments bien différents! 

Dans l'Antiquité, ce nom désigne tous les instruments à cordes pincées  tendues au dessus d'une table de résonance. Ces instruments n'ont en général pas de manche. Aussi la distinction n'est-elle pas évidente avec la lyre.

Le terme est encore utilisé au Moyen Age, mais l'instrument ainsi désigné reste difficile à définir. Certains modèles sont des variantes de la cithare : la rote, le psaltérion, la gusle d'Europe orientale, la kantele de la Baltique...  De même certains instruments doivent leur nom à la kitarra : cittern, guiterne, guitare, ...

Néanmoins, on peut penser que ce nom  désigne certains instruments proches du psaltérion, mais dont la forme et la taille diffèrent.

Cithare ou pasltérion?

En observant les détails, on s'aperçoit que le musicien devait fixer à l'extrémité des ses doigts de petits ustensiles permettant de pincer les cordes avec  plus d'agilité.Peut être des bagues maintenant des plectres, comme le font encore aujourd'hui les joueurs de Qanoun.

GUITERNE 

La guiterne est issue de l'instrument arabe désigné comme Qitarra. Elle apparaît dans l'iconographie occidentale au XIIIe siècle. Elle a l'aspect d'un petit luth  creusé dans un bloc en bois. Dans un premier temps, la table de l'instrument pouvait consister en une peau tendue. Le nombre de cordes varie, selon les époques, de 4 à 8.

L'instrument présenté ci-contre a été réalisé par le luthier  Ugo Casalonga d'après des modèles du XVe siècle. Il comporte 4 choeurs de 2 cordes.

La guiterne apparaît fréquemment dans l'iconographie du XIVe et du XVe siècle.

A partir du XVe siècle, on peut envisager un instrument qui n'est autre qu'un luth de petite taille, annonçant déjà la mandoline

On regroupe généralement sous le nom de LUTH tous les instruments à cordes pincées ayant une caisse bombée (en demi-poire!). A partir du XIIIe s., la caisse est constituée d'un certain nombre de côtes et un chevillier forme un angle avec le manche. Les cordes sont presque toujours doublées. 

Le principe de l'instrument est sans doute très ancien : il nous en reste des formes premières comme le GUNBRI. Cependant ce n'est que vers le VIII° siècle qu'il  aurait pris sa forme définitive, sans doute en Asie centrale. Il était alors monoxyle (creusé dans un bloc de bois).

LUTH

De là, par les routes habituelles du commerce musulman, il serait parvenu en Italie et en Espagne musulmane, devenant un des instruments fondamentaux de la musique arabo-andalouse.

Cette représentation des Cantigas de Santa Maria (milieu du XIII° siècle)  est une des premières représentations de luth dans le domaine occidental. Contrairement à une idée répandue, ce n'est qu'au XIV° siècle que le luth s'est répandu à travers l'Occident. Il ne devint un instrument de premier plan qu'au XV° siècle, avec le développement du jeu polyphonique.


LYRE

La LYRE est sans doute un des instruments les plus anciens. Toutes les civilisations antiques ont laissé des représentations de lyres aux formes  plus variées. L'instrument est ainsi confondu avec la cithare. A la différence de la harpe, la caisse de résonnance est très étroite; parfois même, elle est inexistante! Le nombre de cordes, très limité (de 5 à 8 ), réduisait l'instrument à un rôle d'accompagnement du chant. Aussi ses  représentations médiévales après le X° siècle sont beaucoup plus allégoriques que le témoignage d'une réelle utilisation. 

Cependant elle fut utilisée en Europe du Nord au moins jusqu'au XIV° siècle. Dans la zone d'influence slave et balte, elle était concurrencée par la GUSLE et la KANTELE. Ailleurs, elle fut supplantée par la ROTE, puis la HARPE ou le CRWTH.

HARPE

Le principe de la harpe est très ancien. Déjà dans l'Egypte antique, de nombreuses variétés de harpes sont représentées. Cependant ce n'est qu'au milieu du XII° siècle qu'elle apparaît dans l'iconographie européenne, sous une forme caractérisée par sa console en "col de cygne. Auparavant existait un instrument, la rote, avec qui elle est souvent confondue. 

Il ne reste aujourd'hui aucun modèle original de harpe médiévale : quelques instruments irlandais du XV° siècle et l'iconographie abondante nous permettent cependant de reconstituer cet instrument.

Le nombre de cordes varie de 21 à 28. Celles-ci étaient le plus souvent en boyau, mais des harpes irlandaises sont décrites avec des cordes métalliques. Du XVe siècle, la forme de l'instrument s'allonge et la colonne est beaucoup moins courbée. A la base de chaque corde, un petit dispositif, appelé harpion, est mis en place.

MONOCORDE

Cet instrument d'apparence rudimentaire à l'unique corde pincée est en fait un "outil" de mesure. Le monocorde  permettait d'enseigner la théorie des intervalles et de déterminer la justesse des notes. Il était ainsi utilisé pour accorder les tuyaux d'orgue et les cloches. 

Nous sommes à peu près certain qu'il existait dès l'Antiquité, peut-être inventé par Pythagore. La table de l'instrument était graduée. Grace à un chevalet que l'on déplaçait sur ces graduations, on pouvait obtenir les principaux intervalles. La corde de l'instrument était généralement pincée. Mais on a pris l'habitude de la frotter avec un archet. Ainsi est sans doute apparue la trompette marine.

Source: instrumentsmedievaux.org